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Bertrand Braux

«On a pris nos 20000 fichiers comme des grands et on a mouliné tout ça»

Bertrand.jpg Dans notre article «Une toute nouvelle SSII, Cobol-IT, mise sur le Cobol version open source», nous avons récemment évoqué la création d'une société spécialisée dans les technologies Cobol. Cette start-up française se veut une alternative open source à Microfocus, l’éditeur ultradominant sur le segment, pour les applications développées en Cobol, encore très prisées des grands comptes. Or cette information a suscité un véritable enthousiasme dans nos forums.

«Enfin! Au vu des tarifs monstrueux pratiqués par Microfocus et de l'inflation délirante de ces dernières années, il était plus que temps que l'open source vienne mettre un grand coup de balai là-dedans. Vivement que les éditeurs proposent cette alternative, il y aura moins d'argent gaspillé», s’exclame jmr2635. De son côté, Traroth2 est également emballé par l’initiative: «Surprenant, mais pertinent. Si leurs outils open source sont convaincants, ils réussiront assurément à se tailler une place au soleil.»

Malgré tout, pour cobsteph, ce projet de création d’entreprise semble bien périlleux. «Ça va être dur de créer un marché autour du compilo OpenCobol librement téléchargeable. C'est sans aucun doute un grand coup de projecteur pour cet excellent compilateur, mais faire du service dessus va être compliqué. Pour notre part, on a pris nos 20000 fichiers comme des grands, on a mouliné tout ça et cela fonctionnait aussi bien qu'avant. Depuis, c'est en production et cela fonctionne exactement comme avant sauf qu'on s'est affranchis de la taxe Cobol Microfocus, et ça, ça fait franchement plaisir :-) »

Mais, finalement, à travers son retour d’expérience, cet internaute n’est-il pas en train de nous dire qu’il y a de vrais besoins en la matière et donc un véritable marché? Il y a sûrement d’autres entreprises qui, pour «mouliner 20000 fichiers», auraient fait le choix différent de passer par un prestataire spécialisé, moins cher que l’acteur historique. Cela s'appelle du service, et, dans un cas comme celui-là, il y aura toujours au moins deux philosophies: le faire soi-même ou l'externaliser.

Quoi qu’il en soit, sans juger de l'une ou de l'autre approche, souhaitons bonne chance à Cobol-IT!

Tags : Cobol SSII

« AMD partage les profits, mais pas la technologie»

Bertrand.jpg L'actualité autour d'AMD concernant la cession de ses usines dans une filiale détenue à 56% par un fonds d'investissement d'Abu Dhabi a suscité un commentaire très intéressant de la part de l'un de nos lecteurs, qui aime à se baptiser Traroth2 dans nos forums. A propos de la création de cette co-entreprise, qui regroupera les usines d'AMD de Dresde en Allemagne, celui-ci écrit : « cette filiale aura les mêmes coûts, et les répercutera sur AMD et sur les commandes qu'elle réalisera pour AMD. J'ai l'impression que c'est une manière de céder une partie des actifs à un fonds étranger sans le laisser accéder au potentiel technologique d'AMD, c'est à dire sans avoir à se justifier auprès du gouvernement américain. On partage les profits, mais pas la technologie. A court terme, ça permet de réinvestir les fruits de la cession partielle dans la R&D, mais à plus long terme, ça diminuera la profitabilité d'AMD. Â»

Le propos ne manque pas de réflexion et je salue cet internaute d’avoir posté un message d’une telle pertinence. Cela dit, je le nuancerai quelque peu.

Premièrement, sur l'argument des coûts. Cette opération est tout simplement une opération d'externalisation de la production. Et comme dans toutes les opérations d’externalisation, (que ce soit pour l’informatique, la cantine d’entreprise, la communication, etc.) l’objectif est toujours le même : confier à un prestataire spécialisé, dont c’est le métier et qui compte de nombreux clients, une tâche considérée comme non stratégique mais indispensable pour l’entreprise, afin de faire baisser les coûts de cette tâche. Car un prestataire qui a plusieurs clients réalise nécessairement des économies d’échelle et permet « en théorie Â» de rendre le même service à un coût plus faible. En l’occurrence, il faut s’attendre à ce que la nouvelle Foundry Company, travaille pour d’autres fabricants qu’AMD. Sûrement pas pour Intel : pour éviter cette possibilité, AMD conserve 44% des parts. Mais pourquoi pas IBM, évoqué à la fin de l’article ?

Deuxièmement, sur l’argument de l’absence de transfert de technologie. L’externalisation de la production va nécessairement impliquer un minimum de transfert sinon de technologie au moins de savoir-faire. Le fondeur a eu de gros problèmes pour mettre quatre cÅ“urs de processeurs sur la même galette de silicium, et pour sortir son processeur Barcelona pour serveurs. Mais il a fini par y arriver et aujourd’hui, ce savoir-faire passe dans les mains du fonds d'Abu Dhabi. Et sur les 2,1 milliards injectés par celui-ci, 1,4 serviront d'investissement au développement de la filiale. Peut-être serviront-ils à la résolution des problèmes liés à la fabrication de puces nativement massivement multicÅ“urs ?

Il ne faut pas se méprendre sur cette opération de survie : AMD est en pleine crise depuis plusieurs mois. Le fabricant de semi-conducteurs a absolument besoin d’argent pour sortir de l’ornière et mener de nouveaux projets. Il n’a pas d’autres choix que de troquer ses usines contre de l’argent... du pétrole.

« Il vaut mieux consacrer de l'argent au développement plutôt qu'à entretenir des juristes »

Bertrand.jpgL'article intitulé « Une journée pour lutter contre les brevets logiciels » a suscité des réactions contradictoires dans nos forums. D’abord, celle de C’est cela oui !, complètement opposé à l’idée même de brevet : « Arrêtons les brevets logiciels ainsi que tous les brevets du monde, qui ne font que limiter la créativité ! » Ou celle de V1nce, pour qui « toutes les structures n'ont pas les moyens de procéder à une "veille juridique" pour vérifier en permanence que quelqu'un n'a pas déposé un brevet trivial pour essayer de faire du pognon. Il vaut mieux consacrer de l'argent au développement plutôt qu'à entretenir des juristes ».

Mais nous trouvons également la réaction opposée, postée par Enfin une bonne nouvelle, qui ne partage pas du tout ce point de vue et qui le fait savoir dans un billet plein d’ironie : « Tant pis pour les entreprises ayant investi de l'argent pendant des années si celles-ci n'arrivent pas à rentabiliser cette somme. De toute façon, qu'est-ce que l'on en a à faire de tous ces développeurs et ingénieurs en tout genre, si leur boîte ferme parce qu'elle n'arrive pas à rentabiliser un produit qui a coûté pas mal d'argent et de temps, eh bien tant pis ! Le principal c'est de pouvoir copier à moindres frais les idées et produits des autres ! »

La bonne façon de procéder est sans doute à mi-chemin de l’absence totale de brevets et de leur omniprésence dans tous les secteurs de l’innovation. Mais peut-on considérer que le développement informatique relève d'une innovation technique suffisamment importante pour être susceptible de faire l'objet de brevets ? Je suis loin d'en être convaincu.

"La virtualisation n'a, concrètement, que des avantages"

Bertrand.jpg"Ce n'est pas la virtualisation qui est une bombe à retardement. La virtualisation n'a concrètement que des avantages. La bombe à retardement, ce sont simplement les éditeurs de logiciels qui s'accrochent au moindre cent pour vendre leurs logiciels boiteux et fermés", écrit primalmotion dans notre forum à la suite de la publication de l’article "La virtualisation couve une bombe à retardement tarifaire". Et de poursuivre, dans un deuxième post : "Le titre est mal formulé. Ce ne sont pas les solutions de virtualisation qui entraînent une augmentation du coût, mais les politiques de licensing qui sont abusives."

Sans être faux, notre titre était peut-être un peu excessif. Une lecture plus approfondie de l’article aurait sans doute convaincu primalmotion que ce dernier n'est pas en contradiction avec sa réflexion : "Aujourd'hui, avec la multiplication des machines virtuelles, les éditeurs doivent à nouveau revoir leurs tarifs, s'ils ne veulent pas encore se mettre leurs clients à dos", écrit mon confrère Jean-Baptiste Su, citant Jean Bozman, analyste d'IDC.

En effet, sur le fond, la virtualisation, qui n’a sans doute que des avantages pour l’utilisateur final, pose un vrai problème de tarification pour les éditeurs, dont le modèle économique est basé sur la licence logicielle. Dans les entreprises, nous assistons à une vague de consolidations des serveurs, qui n’en est encore qu’à ses débuts. Celle-ci aboutit à la multiplication des serveurs virtuels et à la réduction du nombre de serveurs physiques. Alors qu'auparavant les administrateurs de parc étaient prêts à payer dix fois pour installer un logiciel sur dix machines physiques différentes, ils ne le sont plus du tout pour l’installer dix fois sur une même machine physique pour des machines virtuelles différentes ! Et pourtant, en fin de compte, quel que soit le mode de déploiement, le service rendu par les logiciels installés est le même !

Si les éditeurs de logiciels propriétaires se mettent à autoriser l’installation illimitée de leurs produits sur des machines virtuelles, sans surcoût de licence, ils vont subir un grave manque à gagner : cela reviendrait tout bonnement pour eux à se couper d’une grosse partie de leurs revenus, ce qui les mettrait en danger.

Je nuancerais donc la position de l'analyste d'IDC qui consiste à dire que "le débat sur le prix des logiciels pour les serveurs virtualisés s'apparente à celui qui a eu lieu il y a environ cinq ans, lors du passage aux serveurs équipés de processeurs multicœurs". En l’occurrence, il s’agissait d’une tentative abusive des éditeurs pour augmenter artificiellement leurs revenus. Avec la virtualisation, le maintien des politiques tarifaires au mépris du type de serveur (physique ou virtuel) est plutôt une position défensive de leur part destinée à conserver leur modèle économique.

Une fois de plus, ne nous trompons pas de débat : le client final est de moins en moins disposé à payer pour l’installation et l’utilisation d’un logiciel. Il va falloir que tous les éditeurs dont le modèle économique est celui de la licence s’adaptent à leur marché et changent en profondeur leur façon de gagner de l’argent. La virtualisation, dans ce cas, ne fera qu’accentuer le mouvement vers des modèles économiques où seul le service est rémunérateur (celui de l’open source en est un).

"On se retrouve avec plein de RTT et on ne peut pas les prendre"

Bertrand.jpgNotre récent article sur la réforme du temps de travail chez Capgemini a suscité quelques réactions intéressantes. Notamment celle de Foon qui met le doigt sur la difficulté de poser ses RTT : "De toutes façons, quand on finit par être obligé de travailler 39 heures par semaine (pour un contrat de 35 heures) et qu'on se retrouve avec plein de RTT, on ne peut pas les prendre, vu qu'il n'est pas possible (ou presque) de prendre plus deux jours d'affilée. Et allez dire au client chez qui vous bossez que pendant les quatre prochains mois vous prendrez deux jours de RTT par semaine ... ".

On imagine en effet aisément que dans certains contextes d’entreprise (projets difficiles, clients exigeants, retards de livraison de version, etc.), les consultants soient soumis à de fortes pressions qui les empêchent de poser des jours de repos.

Autre réaction intéressante, celle de Ssii, pour qui la marge des SSII est directement liée au nombre de jours facturés que ses ingénieurs passent chez les clients : "Faites le calcul, 10 jours de facturation en plus, c'est pour une SSII 300x10=3000 € de bénéfice de plus par personne". Vu sous cet angle, il est évident que les SSII auraient tout intérêt à racheter les jours de RTT.

Cela dit, actuellement il est relativement peu probable que cette réforme change la donne en profondeur en matière de RTT dans les sociétés de services informatiques. Pour la bonne et simple raison, que la concurrence est rude. Les SSII ont du mal à remplir leurs effectifs sur le marché du travail et le nombre de jours de RTT devrait peser dans la balance lors de l'entretien d'embauche. C’est d’ailleurs ce que souligne Zebra777 dans une charge virulente contre la SSII française : "C'est avec des politiques comme cela que l'on ira surtout pas se faire embaucher chez Cap. Déjà qu’ils payaient mal... ".

Mais pourra-t-on en dire autant dans quelques années, si la conjoncture devient moins favorable aux informaticiens ?

Tags : capgemini rtt ssii

"Il est clair qu'il manque un ordi "standard" chez apple"

Bertrand.jpg

Vous avez été nombreux à publier des commentaires dans notre forum, suite à la parution de l’article « Apple ne cherche pas à séduire les entreprises ». Et ces interventions avaient la plupart du temps comme objectif de défendre, sinon de soutenir le fameux constructeur à la pomme.

Et grâce à quels arguments ? J’en retiendrai deux principalement.

1/ Apple c’est de la bonne qualité et ça fonctionne.

En utilisateur Mac convaincu, nelectron s’insurge avec un témoignage gorgé de vécu: « Au travail j'ai un portable Mac Intel. .. ..Tous mes collègues ont des PC. Quand on doit faire une vidéo-projection, c'est moi qui m'y colle, au moins on est sûr que ça marche. Et la mise en veille est une merveille : je passe parfois un mois sans redémarrer, j'ouvre et je ferme l'appareil comme un livre, c'est immédiat, rien à voir avec les réveils d'anesthésie pénibles de Windows... Â»

Même constat pour visior64 : « Ce qui est sûr, en revanche, c'est que MAC est solide. Je l'ai fait planter deux fois, oui. QUE deux fois ! »

Bel exploit en effet, je ne peux pas en dire autant de Windows.

2/ Apple c’est pas si cher, compte-tenu de la qualité des machines

« Pas si cher, non », d’ailleurs c’est le titre du commentaire de visior64 : « J'ai acheté l'iMac en août dernier : le 24 pouces. D'accord, au premier abord, c'est cher. Mais il correspond au prix d'un portable de très bonne qualité, taille de l'écran et confort d'une souris et d'un clavier en plus. Si j'avais dû acheter un PC de qualité avec un écran de même taille, j'aurais payé un peu moins : sans wifi, sans bluetooth et sans webcam. Â»

Fabounio de son côté n’est carrément pas d’accord sur le fait qu’ « Ã  performances égales, un Mac reste plus cher qu'un PC .. ..Pour exemple je cherche actuellement a renouveler nos serveurs, or je n'ai rien trouvé de moins cher, à performances égales, que le macpro octocore d'Apple, les concurents sont carrément 30% plus cher pour des machines embarquant le meme type de processeur ( chez HP, dell ou IBM). Â»

Il pointe également du doigt qu’un parc de Mac peut coûter moins cher à entretenir qu’un parc de PC/windows : « il est clair que rien que le coût des logiciels antivirus avec leur mise a jour annuelle, plus les pc a réinstaller/déveroller. (il faut 4h mini pour refaire un pc complet a 60 euros/h en moyenne) rien que ça, ça a un coût qui surpasse a l'année largement le surcoût d'acquisition de mac, qui eux n'ont pas besoin d'antivirus. sur un parc d'une centaine de pc, ça chiffre.. Â»

Ok, ok les gars on a compris. Et globalement, vos arguments se tiennent. Il est vrai qu’Apple c’est du solide et le service rendu par les machines est bon, ce qui peut faire largement oublier le surcoût à l’achat. Mais je voudrais faire remarquer que le sujet de l’article était le suivant : « Apple ne cherche pas à séduire les entreprise ».

Mais j’ai envie de vous poser une autre question : avec sa stratégie produit actuelle Apple peut-il séduire les entreprises ? A mon avis non, hormis sur certaines niches comme c’est le cas actuellement.

D’abord parce que son offre, même si elle existe et même si elle mérite "mieux que de l’estime", elle est à mon sens bien trop limitée pour répondre aux besoins des entreprises. D’ailleurs, c’est ce que fait remarquer Fabounio: « Par contre il est clair qu'il manque un ordi "standard" chez apple, le genre que équiperait le poste lambda d'une secrétaire.. Â» . Idem côté serveur. Les offres des constructeurs comme Dell, IBM ou HP sont infiniment plus riches en terme de modèles que celle d’Apple.

Ensuite parce que le modèle Apple est basé sur une confection maison de bout en bout à la fois pour le logiciel et pour le matériel, ce qui peut difficilement convenir au monde de l’entreprise en général . On voit mal comment une entreprise accepterait d’avoir un seul fournisseur d’informatique pour l’ensemble de ses briques tant logicielles que matérielles.

Par conséquent, MacOS, par manque d’ouverture, est resté une plate-forme de niche.

Et comme le fait si bien remarquer visior64 « Le point noir, c'est que tout se paie, en terme de logiciels, dans le monde Mac. Peu de développement libre. Cela tient certainement au "peu" d'utilisateurs... Â»

Peu de logiciels, donc forcément peu d’entreprises capables d’être convaincues par l’univers Mac. La boucle est bouclée.

Laissons le commentaire de la fin à YCC : « En plus maintenant on peut installer MacOS sur un PC, on peut installer Windows sur un Mac Â»

Le jour où Apple voudra changer la donne et se donner vraiment les moyens de séduire l’entreprise, il faudrait peut être qu’il suive cette voie : autoriser l’installation de son OS sur toute sorte de machines, sans pour autant renoncer à la construction de machines. Windows aurait alors un véritable concurrent, soutenu par un seul éditeur. Mais là nous sommes dans un autre débat...

Moi personnellement, j’aimerais bien...

Tags : apple mac

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