Bertrand.jpg"Ce n'est pas la virtualisation qui est une bombe à retardement. La virtualisation n'a concrètement que des avantages. La bombe à retardement, ce sont simplement les éditeurs de logiciels qui s'accrochent au moindre cent pour vendre leurs logiciels boiteux et fermés", écrit primalmotion dans notre forum à la suite de la publication de l’article "La virtualisation couve une bombe à retardement tarifaire". Et de poursuivre, dans un deuxième post : "Le titre est mal formulé. Ce ne sont pas les solutions de virtualisation qui entraînent une augmentation du coût, mais les politiques de licensing qui sont abusives."

Sans être faux, notre titre était peut-être un peu excessif. Une lecture plus approfondie de l’article aurait sans doute convaincu primalmotion que ce dernier n'est pas en contradiction avec sa réflexion : "Aujourd'hui, avec la multiplication des machines virtuelles, les éditeurs doivent à nouveau revoir leurs tarifs, s'ils ne veulent pas encore se mettre leurs clients à dos", écrit mon confrère Jean-Baptiste Su, citant Jean Bozman, analyste d'IDC.

En effet, sur le fond, la virtualisation, qui n’a sans doute que des avantages pour l’utilisateur final, pose un vrai problème de tarification pour les éditeurs, dont le modèle économique est basé sur la licence logicielle. Dans les entreprises, nous assistons à une vague de consolidations des serveurs, qui n’en est encore qu’à ses débuts. Celle-ci aboutit à la multiplication des serveurs virtuels et à la réduction du nombre de serveurs physiques. Alors qu'auparavant les administrateurs de parc étaient prêts à payer dix fois pour installer un logiciel sur dix machines physiques différentes, ils ne le sont plus du tout pour l’installer dix fois sur une même machine physique pour des machines virtuelles différentes ! Et pourtant, en fin de compte, quel que soit le mode de déploiement, le service rendu par les logiciels installés est le même !

Si les éditeurs de logiciels propriétaires se mettent à autoriser l’installation illimitée de leurs produits sur des machines virtuelles, sans surcoût de licence, ils vont subir un grave manque à gagner : cela reviendrait tout bonnement pour eux à se couper d’une grosse partie de leurs revenus, ce qui les mettrait en danger.

Je nuancerais donc la position de l'analyste d'IDC qui consiste à dire que "le débat sur le prix des logiciels pour les serveurs virtualisés s'apparente à celui qui a eu lieu il y a environ cinq ans, lors du passage aux serveurs équipés de processeurs multicœurs". En l’occurrence, il s’agissait d’une tentative abusive des éditeurs pour augmenter artificiellement leurs revenus. Avec la virtualisation, le maintien des politiques tarifaires au mépris du type de serveur (physique ou virtuel) est plutôt une position défensive de leur part destinée à conserver leur modèle économique.

Une fois de plus, ne nous trompons pas de débat : le client final est de moins en moins disposé à payer pour l’installation et l’utilisation d’un logiciel. Il va falloir que tous les éditeurs dont le modèle économique est celui de la licence s’adaptent à leur marché et changent en profondeur leur façon de gagner de l’argent. La virtualisation, dans ce cas, ne fera qu’accentuer le mouvement vers des modèles économiques où seul le service est rémunérateur (celui de l’open source en est un).